105 ans, c'est l'âge du plus vieux Spéléo du monde qui vient de rejoindre le silence des profondeurs.

Le Spéléo-club de Paris, probablement la spéléologie française  et - qui sait ? - la spéléologie mondiale viennent de perdre leur doyen : Alexandre VITKINE a cassé sa pipe ce lundi 15 septembre 2014.
Il était né le 3 mars 1910 ; il est donc disparu dans sa 105e année.
Son nom ne dira peut-être rien à certains (y compris aux plus chenus), mais il était cité dans l'ouvrage de Bernard Pierret : "Le Périgord souterrain", publié en 1953.
Cependant sa carrière spéléologique fut courte (1936 - 1939). Les années suivantes, un méchant Teuton, pourvu d'une petite moustache et d'une grande mèche lui barrant le front, forçat ce Juif allemand (ou russe, ou ukrainien) de Vitkine à connaître d'autres aventures – carrément désopilantes celles-là - mais auxquelles... il survécut
Nous le verrons rue La Boétie, siège du Spéléo-club de Paris dans les années 50 - 60, voire plus. Il fut également des nôtres lors d'une visite des brasseries souterraines de Sèvres, en 2002 et – plus récemment – à une conférence du Spéléo-club de Paris, en notre antre de la rue Boissonade.
Entre temps, il avait entrepris de nous faire don de son matériel des années 30. C'est ainsi que nous avons reçu une échelle ultralégère en élektron (y compris les barreaux), une lampe frontale dont la parabole était constituée du métal d'une semelle orthopédique, des extraits de sa correspondance avec Robert de Joly et Norbert Casteret, un plomb pour le sondage des puits, une ceinture de chanvre fabriquée par R. de Joly (qu'il trouvait "très amusant"), une combinaison de très grosse toile renforcée, des gants et quelques photographies d'époque.
Fin 1998, il m'avait annoncé l'envoi de la ceinture de chanvre, en me précisant que cela allait un tantinet tarder car "il l'utilisait encore". Il était alors âgé de quatre- vingt-huit ans... À la mi-1999, quand j'ai reçu cet EPI Art Déco, je me suis trouvé un peu inquiet et je lui ai téléphoné. Il m'a alors appris que la ceinture lui servait à s'assurer quand il grimpait dans un arbre fruitier de sa propriété de campagne... mais qu'il venait de vendre icelle et n'en avait donc plus l'utilité !
En explorant les grottes, A. Vitkine s'est aperçu que les hommes préhistoriques avaient "la même mentalité, la même tête que nous". La spéléo a satisfait sa curiosité, en ce qu'elle lui a appris que l'on peut passer, se débrouiller... Le silence des cavernes lui paraissait plus profond que celui du Sahara (qu'il avait également connu). Il s'est toujours senti chez lui sous terre et – s'il y a connu, voire cultivé la "frousse" – "ça lui a permis de rester en vie". Il trouvait qu'en spéléo, on était stimulé par la variété du paysage, comme on l'est par le hors sentier, en montagne.
Puisque le temps de Planck, où l'on meurt et ressuscite sans cesse, - comme le fleuve, qui n'est jamais le même - nous promet des retrouvailles, souhaitons qu'elles soient souterraines - et donc intemporelles.
Nous adressons nos vives condoléances à son épouse, Anne-Marie (une petite jeunette de 94 ans) et à toute sa famille.

Pour le Spéléo-club de Paris, la spéléologie et l'esprit d'aventure,
Spélaïon
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